Rachel
TERRIER
Le Grand Renversement
2026, porcelaine blanche, grès colorés, décor à l’engobe rouge et à l’or fin 8 %, assemblage et réparation inspirée du kintsugi
Pour cette œuvre, Rachel Terrier a choisi de travailler le bassin féminin en porcelaine pour sa blancheur profonde, presque minérale, qui évoque celle de l’os. Au-delà des couleurs de peau, des cultures et des origines, l’ossature ramène à une même humanité. Ce bassin devient ainsi, dans son travail, un territoire universel du féminin.
En son centre, Rachel a placé un cœur. Parce qu’au-delà des symboles, des histoires et des cultures, elle revient toujours à cette conviction : la structure profonde du féminin est l’amour.
Sur la porcelaine blanche se déploie un réseau de lignes rouges, comme des veines : le sang, la vie, la lignée, la transmission. L’or vient s’y mêler pour honorer ce bassin trop souvent méconnu, parfois dévalorisé, alors même qu’il soutient le corps féminin et constitue la porte par laquelle la vie peut advenir.
Quatre figures féminines, noire, rouge, jaune et blanche, habitent la pièce. Elles font écho aux quatre couleurs et aux quatre directions de la roue médecine lakota, tradition spirituelle avec laquelle Rachel entretient depuis longtemps un lien profond. Elles portent en elles cette parole : Mitakuye Oyasin, « nous sommes tous reliés », l’idée que rien ni personne n’existe séparément.
Rachel a donné à ces quatre femmes une forme inspirée des représentations de la déesse celtique : une spirale au ventre et les bras levés vers le ciel. Elle a voulu renverser symboliquement le mouvement. Ne plus raconter seulement une vie qui naît par le bas, associée depuis si longtemps à la douleur et au sacrifice, mais faire jaillir le féminin vers le haut : se mettre soi-même au monde, se relever, célébrer, exulter. Ces quatre femmes deviennent alors une image de joie, de puissance et de sororité.
Puis le feu est intervenu dans l’histoire de l’œuvre. Lors de la cuisson, la porcelaine s’est fissurée. Rachel a choisi de ne pas effacer cette blessure, mais de la réparer et de la souligner d’or, dans l’esprit du kintsugi. L’accident est ainsi devenu partie intégrante de l’œuvre : ce qui a été brisé ne perd pas sa valeur. La cicatrice peut devenir ligne d’or. Les blessures, lorsqu’elles sont traversées et transformées, peuvent aussi révéler la lumière.
Enfin, le geste de porter le bassin en couronne achève le symbole : ce qui fut caché est élevé, ce qui fut dévalorisé est honoré, ce qui porte la vie devient couronne.
Le bassin féminin devient Souveraine.
